Jour 4 : "Clic-clac" les Rencontres continuent...
Courir. Clic Clac. Attraper le moment. Et ne pas le lâcher. Pow. Schling. Faire une entrevue. Clap. Clap. Clap. Eh toi, le politicien! Regarde moi. Zling-boom.
Ma biennale fait du bruit. Pour moi, journaliste griffonneur, photographi-bidouilleur et chasseur de son, la communauté bamakoise de l’image résonne et vrombit toute la journée. Jamais les paisibles jardins du Musée National de Bamako ne m’auront autant cassé les oreilles. Il y a la Biennale. Mais il y aussi le parcours à obstacles quotidien. Entre deux évènements: faire un saut chez la marchande de légume, éviter un mouton de tabaski, attraper un taxi, discuter avec un passant qui regarde les immenses reproductions devant le musée.
À ceci, s’ajoutent des photos qui parlent, hurlent, pleurent, marmonnent, chantonnent. Entre les sons humains, le bruit des photos.
Premier arrêt sur image. Une photo criant en silence, celle du mozambicain Mario Macilau. Un regard perçant qui me juge. Un uppercut aphone lancé par une dame entourée d’une étoffe blanche. Elle n’est pas seule, la dame. Elle a su s’entourer de moments vaporeux sur une plage, un appel à une vie éthérée qui est bien loin de ma présente existence.
Re-Courir. Re-Clic-Clac. Re-Pow-Schling. Re-Clap-Clap. Re-Zling-pow. Serrer des mains. Se confondre. Oublier le nom des visages qui se succèdent.
Un index me fait signe de le suivre. Les chasseurs Dozos de Philippe Bordas me plongent dans une discussion animée, loin des biennaleurs journalistiques, stressés de manquer l’entrevue. Ici, les guerriers, vêtus de leurs habits traditionnels, sortent de leur cadre, se baladent dans la salle et regardent leur image sur les grands canevas. Qui veut me parler? La photo? Le Guerrier?
Pas le temps de répondre. Au Suivant!
Ici, les ballerines recyclées d’Omar Victor Diop rient aux éclats. Si seulement leur rire pouvait faire taire le crépitement des sacs de papier et le tintement des bouteilles en plastiques de leurs habits.
Next!
Le grésillement du feu qui consume les ordinateurs pour qu’on y extraie le cuivre. L’explosion de gazoducs. Le splish-splash de pêcheurs nocturnes.
Du bruit. En voulez vous? En voilà! Du premier vernissage au rituel pot de fin de journée au BlaBla Bar, non-Stop! Un bruit qui ne donne pas mal à la tête, mais plutôt qui donne envie de sortir avec ses casseroles pour battre au rythme de la fanfare.
Et, une fois revenu dans ma grande maison vide, les murs blancs continuent de projeter les bruits de la journée. Pas de répit possible. Les boules de coton n’y changeront rien.
Heureusement, il me reste encore deux mois pour transformer ces bruits volatiles en un dialogue soutenu. On aura le temps de donner un sens à la cacophonie.
Marc-André Boisvert
Images de la projection du collecif On The Roof au Bla bla. Cliquez sur l'image.